Horizontes, un documentaire en chausson et en os – Portrait d’Eileen Hofer

Posted on 28/02/2016 by Raquel Monteiro
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Horizontes-Viengsay-Valdés

Belle, bourrée de talent et carburée au peps à l’infini, Eileen Hofer va faire des jalouses. Simultanément bloggeuse, journaliste et cinéaste, elle jongle entre ses différentes vocations. Avec son nouveau long-métrage Horizontes, la Genevoise turco-libanaise s’envole jusqu’à Cuba et met en images les portraits entremêlés de trois générations de danseuses classiques. Alicia Alonso, une nonagénaire au statut de déesse absolue, prima ballerina assoluta qui a perdu la vue à l’âge de 20 ans, Viengsay Valdés, danseuse étoile du Ballet Nacional de Cuba, qui à l’âge de 35 ans est au sommet de sa carrière et l’adolescente Amanda de Jesús qui, à 14 ans, rêve de rejoindre la compagnie d’Alicia. À l’occasion de sa sortie prévue dans les salles romandes le 30 septembre, coolbrandz rencontre Eileen. (Photo: Nicolas Schopfer)

Eileen-Hofer-Horizontes

Poétique, lyrique et profond, Horizontes enchaîne les séquences telle une réflexion sur la persévérance. D’une grande délicatesse, sur les pirouettes fouettées des trois ballerines, Horizontes dévoile des femmes en chair et en os, intensément liées par la passion du ballet.

Digne d’un grand jeté, Horizontes croule sous les éloges. Dans la mesure où nous sommes incapables d’adages, d’arabesques, ou de demi-pointes, il ne nous reste qu’à tirer notre chapeau à Eileen Hofer.

Comment est née l’idée de tourner un film autour du personnage d’Alicia Alonso, et de deux autres générations de danseuses classiques ?

On m’a parlé il y a trois ans du parcours atypique et hors norme d’Alicia Alonso. Elle a perdu progressivement la vue mais sans pour autant arrêter de danser. Avec l’aide précieuse de son premier époux, Fernando Alonso, alors cofondateur du Ballet Nacional de Cuba, elle a appris à danser « dans les ténèbres ». Elle a fait de ce handicap une force et a poursuivi sa carrière. J’ai aimé ce message universel. Celui de se relever encore et toujours et de poursuivre sa route.

Effort, sueurs et vieillesse, tu enregistres la discipline et l’harmonie nécessaires pour devenir une grande danseuse, tout en les caressant avec beaucoup de délicatesse. Nous aimerions que tu lèves le voile sur les coulisses d’Horizontes. Quelle est ta façon de travailler quand tu passes derrière la caméra?

Mon approche cinématographique est basée en partie sur l’improvisation liée au ressenti. J’observe et analyse beaucoup avant de dire action. Je joue sur les non-dits la plupart du temps et tente de mettre en image des confidences faites hors caméra. Je mise sur la sensibilité et l’intelligence du spectateur et le laisse maître de son interprétation.

Le ballet et le communisme cubains, est-ce un pas de deux intentionnel ou accidentel dans le film ?

La structure interne d’un ballet peut ressembler à celle d’une armée tant elle est hiérarchisée. Il est facile de comparer Fidel à Alicia, les deux ont dirigé leur île et leur ballet d’une main de fer. Le ballet, chez nous Européens, est un art destiné aux élites. A Cuba, ou dans les pays communistes, il est vite devenu un art populaire et aujourd’hui, à La Havane, n’importe quel boucher ou épicier fait la différence entre Giselle, le Lac des Cygnes et Coppélia. Dans les années soixante, Fidel Castro a profité de la notoriété déjà existante d’Alicia Alonso pour faire d’elle son ambassadrice du castrisme.

Au final, est-ce que le cinéma rejoint ton instinct journalistique ?

Oui, j’enquête beaucoup avant de partir en tournage, j’ai interviewé avant mon départ à Cuba de nombreux danseurs exilés, lus des biographies et autres essais historiques. Sur place, je cherche toujours à rencontrer des personnes liées au sujet de mon film comme des habilleuses, un chausseur. Ils auront une confidence ou un détail à me donner que je pourrai mettre en scène. Une danseuse à Genève m’avait par exemple raconté qu’enfant elle se coinçait le pied entre le radiateur et le mur pour l’habituer aux pointes. J’ai repris cette scène dans mon film.

horizontes-afficheComment définirais-tu ton cinéma en un tweet ?

L’art d’improviser dans une fiction ou de saupoudrer un documentaire d’une bonne dose de dramaturgie.

Des idées/projets fourmillent pour la suite?

Je termine un court métrage lié au long qui fera sa première mondiale au festival de Winterthur en novembre et commencerait après le montage d’un autre court métrage qui met en scène six membres de l’ex Union Soviétique.

Et toi, Eileen… Où veux-tu donc aller? Jusqu’au mur du Malécon ou jusqu’à l’horizon?

J’ai eu des frissons, lors du tournage, quand le physiothérapeute de Viengsay, l’actuelle danseuse étoile, m’a racontée cette anecdote : Il lui avait demandé quelles étaient ses ambitions. Elle n’avait que dix ans et se voyait déjà plus loin que l’horizon. Viengsay a sué dans des salles de répétitions durant plus de 20 ans mais aujourd’hui, elle a le titre de danseuse étoile. Je suis malheureusement aussi ambitieuse qu’elle. J’ai de la peine à m’arrêter à mi-chemin.

P.S.: Pour celles et ceux qui veulent rencontrer Eileen Hofer, rendez-vous jeudi 1er octobre à 20h30 au Cinéma City Club. Au programme, une projection suivie d’une discussion avec la réalisatrice : reservation@cityclubpully.ch.

Horizontes-Alicia-Alonso

 

Horizontes-Amanda-de-Jesus

 

Horizontes1

 

Horizontes de Eileen Hofer – Trailer

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